Quelle école aujourd’hui pour quelle société demain ?

mardi 4 novembre 2014

« C’est, de fait, autour de la question de l’éducation que le sens de quelques mots – république, démocratie, égalité, société, a basculé. » Jacques Rancière.

Lancement d’une association de parents d’élèves par Farida Belghoul, journée de retrait, hommage de Brighelli au FN, refus par des maires frontistes ou UMP d’inscrire des enfants « étrangers » dans les écoles communales, « philosophes » réclamant le retour aux « fondamentaux », attaques contre l’enseignement de l’égalité… Plus que les autres rentrées, le cru réac 2014 est effarant, plaçant l’école au cœur d’une révolution conservatrice.

Le rejet de toute réflexion pédagogique, l’apologie de la ségrégation sociale, le culte de l’élitiste sont instrumentalisés par le néolibéralisme pour détruire l’éducation de service public. L’éducation pour ces gens-là ne se conçoit que pour défendre leurs privilèges et exacerber les inégalités.

« La Guerre aux pauvres commence à l’école » Ruwen Ogien.

L’explication de la pauvreté par la paresse se répand à nouveau : si l’on est riche, c’est qu’on le mérite par ses efforts, et si l’on est pauvre, c’est que l’on est fainéant et qu’on préfère être assisté. Cette guerre aux pauvres s’exprime aussi dans les tentatives d’expliquer la situation des plus défavorisés par des déficits moraux des individus, plutôt que par les effets d’un système social injuste.

On retrouve cet argumentaire réactionnaire pour expliquer l’échec scolaire : le problème principal de l’école ne serait pas le manque de moyens et l’incapacité à compenser les injustices sociales, culturelles et économiques. Non. Le problème, ce sont les élèves pauvres et paresseux, plus exactement leur immoralité. Il faut donc leur enseigner une morale, oui mais « laïque » ! Mais quelle laïcité ? La laïcité qui défend la justice sociale, les droits et les libertés individuelles ? Non : une laïcité instrumentalisée pour glorifier le nationalisme et l’individualisme, pour discréditer les minorités qui osent revendiquer l’égalité, pour étouffer le pluralisme des moeurs, pour stigmatiser telle ou telle population déjà défavorisée. Ce qui explique pourquoi cette « laïcité »-là suscite un tel enthousiasme à l’extrême droite… et même chez les intégristes catholiques !

Comment enseigner Liberté-Egalité-Fraternité ?

Comment un enseignement de la fraternité peut-il être dispensé dans un système qui cultive la concurrence, la xénophobie d’état, la peur, la méfiance, l’exclusion ? Comment même un enseignement de la liberté et de l’égalité pourrait être dispensé par une administration centralisée et hiérarchisée, où les enseignants souffrent plus de mépris et du contrôle permanent de leurs supérieurs que des « incivilités » de leurs élèves ?

La morale peut-elle s’enseigner au moyen de cours et d’examens, comme la physique - chimie ou l’histoire–géographie ? L’enseignement de la morale ne consiste-t-il pas plutôt à montrer l’exemple, et à donner l’envie de le suivre ? Alors, le comportement de nos dirigeants, de l’institution, des parents, des enseignants est-il en adéquation avec la morale de la République ?

« On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’école. Un régime autoritaire à l’école ne saurait être formateur de citoyens et de démocrates. » Célestin Freinet

Pour les « nouveaux réactionnaires », l’école serait en pleine « décadence » parce qu’elle serait devenue trop démocratique, trop pluraliste, trop tolérante. Ces critiques ne sont pas nouvelles, et elles rencontrent un certain écho chez les plus nostalgiques de l’école du passé. Ce qui est nouveau, c’est que certains veulent en tirer des conclusions agressives contre la démocratie, le pluralisme moral et religieux, et la tolérance en matière de moeurs, contre la liberté en général.

Pour nous, au contraire, ce n’est pas d’un ordre moral et de ses leçons passéistes dont l’école a besoin, mais d’un élan de démocratie salvateur où sont réaffirmées les valeurs humanistes par la pratique et par l’exemple, par un enseignement émancipateur ouvert à toutes et tous, capables de mettre en valeur tous les talents, aptes à réduire les inégalités, dans un esprit coopératif et fraternel. De cette école-là naitra une société plus juste, plus humaine. Nous ne voulons pas de la guerre de tous contre tous que nous prépare le libéralisme. Ce refus passe par le combat syndical et pédagogique, avec SUD   éducation.


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