Premier degré Projet de programmes pour la maternelle : enfin des textes, et même des avancées !

mardi 4 novembre 2014

En 2008, nous avions dénoncé les programmes Darcos-Brighelli, issus d’une idéologie réactionnaire. Lors de la consultation sur ces programmes, l’an dernier, les enseignants dénonçaient une « élémentarisation » de l’école maternelle, une trop grande place de l’écrit au détriment de la découverte et l’expérimentation. Ils regrettaient la trop faible place du jeu, des domaines artistiques et de la littérature jeunesse, par exemple. Le domaine « devenir élève » était très critiqué, jugé réducteur et ne favorisant ni l’épanouissement de l’élève ni de sa personnalité, s’apparentant plutôt au dressage.

« Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie », Pauline Kergomard

Loin de la caricature du « syndicat toujours contre », SUD   éducation trouve de nombreux motifs de satisfaction avec le projet de programmes sur lesquels les enseignants ont été « invités » à donner leur avis. Il répond pour une grande part aux préoccupations des collègues.

Dans un cycle unique, l’école maternelle trouve confortée sa place fondamentale de première école, maillon indispensable dans la lutte contre les inégalités et pour la réussite de tous, notamment avec la scolarisation des deux ans. Elle est définie comme « école bienveillante », accueillante, et une école à part entière. La nécessité d’avoir du temps pour apprendre, avec une pédagogie évolutive, adaptée à l’âge et au développement des élèves est réaffirmée. La place du jeu dans les apprentissages est largement revalorisée, comme celle de l’expérimentation et du tâtonnement.

L’école maternelle doit aussi assurer l’acquisition des règles de vie en société, l’égalité entre filles et garçons et l’intégration des enfants en situation de handicap. L’apprentissage coopératif est valorisé, à l’intérieur du pôle Apprendre ensemble pour vivre ensemble, qui redonne toute sa place à l’enfant, dans son individualité, dans le groupe, dans l’école, pour acquérir confiance et respect des autres.

“L’individu entre en contact avec le monde par une activité globale, d’abord confuse, puis progressivement organisée et structurée”, Ovide Decroly.

Le projet propose une conception globale des élèves, à laquelle les enseignants sont très attachés. « Les enseignements sont organisés en domaines distincts mais cette distinction n’existe pas pour les enfants à l’école maternelle ». Ils sont structurés en cinq domaines d’apprentissages et trois grands pôles. D’abord le pôle du langage, réaffirmant son rôle primordial à l’école maternelle et redonnant plus d’importance à l’oral. Un pôle permet de développer les interactions entre l’action, les sensations, l’imaginaire, la sensibilité et la pensée. Il est composé de deux domaines d’apprentissage : l’activité physique et les activités artistiques. Un dernier pôle pose les bases d’une première culture mathématique, scientifique et technologique, laissant une large part au jeu, à la manipulation et l’expérimentation.

L’interdisciplinarité et la complémentarité des apprentissages sont clairement posées. On retrouve en filigrane le principe énoncé par Célestin Freinet : c’est l’enfant qui est au cœur du système, pas les disciplines ni les savoirs. La pédagogie qui est sous-jacente à ces programmes est une pédagogie active et coopérative.

« Laissez-vous convaincre ; c’est en faisant méthodiquement et sans défaillance l’éducation de la liberté que vous élèverez des êtres libres. » Pauline Kergomard

Pour nous, les contenus et l’esprit de ce projet de programmes sont une bonne avancée, ils tournent la triste page des programmes réactionnaires de 2008. Nous espérons que les observations des collègues, « invités » un mercredi après midi à donner leur avis dans un questionnaire très fermé, seront toutefois prises en compte, car s’il y a des avancées certaines, on est encore loin de l’idéal d’une école démocratique et émancipatrice.

Ainsi nous resterons vigilants : à une vraie scolarisation des deux ans, à une bienveillance qui doit oublier la culture de la compétition, de l’individualisme, de l’évaluation et de la note (qui risque d’être entretenue par les référentiels de compétences très détaillés et parfois très ambitieux qui accompagnent chaque domaine) au profit d’une culture de la réussite de tous, à une confiance accordée aux équipes par la hiérarchie (accompagnement et non inspection tatillonne et infantilisante) et enfin aux moyens accordés : pour donner toutes leurs chances à ces programmes (et aux élèves), il faut des classes à taille humaine (pas plus de 24 élèves) et des enseignants en nombre, bien formés et bien payés, exerçant pleinement leur liberté pédagogique pour innover, éduquer et émanciper.


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