La maternelle selon Blanquer : et l’humain bordel ?

mardi 13 mars 2018

Le ministre de l’Education Nationale prépare des Assises pour mars prochain avec les principaux acteurs de l’école maternelle. Il détaillait son projet dans Ouest-France début janvier, « Penser la maternelle de demain » pour une « école de l’épanouissement et de l’apprentissage du langage ». A priori rien de discutable dans cette annonce, sinon ce goût pour l’effet de communication en présentant les choses comme si l’école avait été autre chose que cela.

Primauté aux neuro-scientifiques dans les nouveaux cadrages

Les orientations particulières du ministre se révèlent plus nettement dans le choix des spécialistes qu’il convoque au sujet de l’école maternelle « pour passer de quelque chose qui va bien à quelque chose qui irait très bien dans le futur ». La primauté accordée aux neuroscientifiques dans l’élaboration des nouveaux cadrages rend perplexe les acteurs et spécialistes de l’éducation dans son ensemble.

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre spécialiste de la petite enfance, livre sa vision des choses dans l’entretien de Ouest-France avec le ministre. Dans un discours truffé de références clinico psychologiques, il considère qu’un enfant serait capable d’apprendre n’importe quelle langue entre son 20e et son 30e mois de vie du fait de la plasticité de son cerveau. Il considère que les professionnels de l’enfance qui ont une bonne formation intellectuelle, n’ont pas une formation adaptée à l’enfance préverbale. Voilà donc une des éminences grises du ministre qui oppose « formation intellectuelle » des adultes et lien positif à l’enfance « préverbale » ! Curieuse disposition pour quelqu’un qui prétend orienter la politique scolaire de l’enfance. Et le ministre s’engouffre dans la brèche pour vouloir revenir sur les formations initiales et continues des professeurs et intervenants à l’école maternelle en prônant de nouveaux « outils » pédagogiques à base de séquences de lecture ou de musique.

Le nouveau monde contre l’ancien

On ne peut reprocher à un chercheur comme Boris Cyrulnik la cohérence entre son discours scientifique et sa ligne politique en matière d’éducation. En revanche, qu’un ministre de l’Education Nationale prépare un Conseil Scientifique de l’Education Nationale (CSEN) de 21 membres en s’appuyant sur des spécialistes des bases cérébrales des opérations du cerveau, de psychologie cognitive (perception, attention, mémoire et intelligence…), de pathologies cliniques et leurs applications-remédiation pour l’essentiel, cela révèle une orientation politique inquiétante. Aucun didacticien de la lecture-écriture, des mathématiques, de l’histoire ou de l’éducation physique, aucun sociologue de l’éducation, aucun spécialiste de la communication scolaire !!!

Jean-Michel Blanquer prépare le « nouveau monde contre l’ancien », façon révolution culturelle qui dénierait radicalement le contexte relationnel fondamental de tout apprentissage. Le ministre enterre une cinquantaine d’années de travaux sérieux d’études des pratiques scolaires, d’observation des élèves, des enseignants, des contenus enseignés. Les didacticiens se sont intéressés aux familles, aux contextes sociaux, aux gestes professionnels complexes qui favorisent ou inhibent, qui encouragent ou désespèrent. Et les membres du prochain CSEN s’apprêtent à balayer d’un revers ces travaux émérites pour enfermer la question de l’apprentissage scolaire dans des « process » de modelage technique du cerveau, avec des outils et des protocoles vendus par des experts omniscients.

Enseigner, ce n’est pas modeler

Les cognitivistes attribuent les réussites à des « déclics » neuronaux et les difficultés à des insuffisances de plasticité cérébrale. Et on convoquera toute une logistique de remédiation qui commencera par une mise à l’écart de ceux qui ne comprennent pas assez vite parce que leur cerveau serait « bloqué ». On peut se faire une idée des ressentis futurs des élèves en échec, subissant des verdicts aussi sentencieux et stigmatisant.

Enseigner n’est pas modeler, contrôler ou évaluer des performances cérébrales. C’est un métier d’intériorisation de normes à partir de relations entre des personnes adultes et des enfants, qui apprennent à apprendre dans la durée, à penser, à parler, à travailler en vivant ensemble.

Que le ministre de l’Education Nationale se permette d’ignorer la dégradation du tissu social sous la triple impulsion de la réforme des rythmes, des restrictions budgétaires et des logiques managériales est déjà grave. Mais qu’il en rajoute en institutionnalisant l’irresponsabilité sociale par l’appel aux manitous de la « bio-évaluation » devient insupportable.

Nous appelons l’ensemble des collègues et des acteurs du secteur éducatif à rejeter massivement ce projet destructeur pour l’école et la société de demain.


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