Statut des directeurs et directrices d’école : Non aux projets du ministère !

vendredi 23 novembre 2018

La récente tribune signée dans Le Monde par un collectif d’universitaires, d’enseignants et de spécialistes de sciences de l’éducation révèle fort bien la véritable nature du projet libéral et réactionnaire du duo Macron-Blanquer.

« Culture » de l’évaluation…

Selon J-Michel Blanquer, promouvoir une « culture » de l’évaluation est le « plus puissant moteur de transformation du système ». Elle doit toucher d’abord les élèves, sujets ou objets de tests standardisés répartis tout au long de la scolarité, officiellement pour repérer les acquis et les besoins de chacun afin de proposer un accompagnement personnalisé.

… et traçabilité !!

A partir de tests calibrés pour réduire les objectifs de l’école à ce qui est strictement quantifiable, le ministre rend possible la collecte nationale de données qui devraient logiquement être aux mains des enseignants à même de les exploiter pour la réussite des élèves. Désormais, chaque élève devient « traçable » » grâce à un identifiant et un fichage systématique à destination du système d’orientation et des futurs employeurs.

A ce jour, on a l’outil le mieux élaboré pour une assignation durable des futurs actifs à leur passé scolaire.

Pour une concurrence libre et non faussée

C’est aussi une « évaluation régulière et transparente des établissements scolaires » que vise le ministre. Avec comme procédés de multiples dispositifs de contrôle continu dont la publication contribuera avec certitude à façonner la mise en « concurrence libre et non faussée » sur un marché de l’éducation destiné à des usagers, des consommateurs et de moins en moins à des citoyens. Piloté par les résultats, le service public d’éducation à la Blanquer doit se muer en un ensemble de guichets destinés à des parents en concurrence les uns et les autres.

En guise de valeurs communes, les appels aux valeurs et odes à l’héroïsme seront omniprésents dans les célébrations officielles (« confiance », « respect », « bienveillance » … déjà bien usitées par le ministre en place) tandis que la pratique de ces valeurs au quotidien dans les établissements se réduira à l’application de prescriptions formelles dans un climat d’utilitarisme galopant .

Distribuer les savoirs suffit

Pour la présidente du Conseil Supérieur des Programmes, l’appui sur les pratiques pédagogiques pour faire adhérer les élèves aux valeurs de la République est une aberration commise par des « prétendus pédagogues ». Or toute appropriation réelle des savoirs requiert la maîtrise de ces savoirs par l’enseignant et aussi l’exercice d’une autorité nécessaire à l’engagement des élèves dans l’activité, pour construire des situations d’apprentissage rigoureuses. Ce n’est pas du goût de Mme Ayada, présidente du CSP qui ne voit là que des propos de "constructivistes défendant l’idée que le maître n’est pas le tenant du savoir qu’il transmet" .

C’est au contraire dans la naïveté de considérer que la distribution des savoirs suffit à leur appropriation qu’existe la matière à démission éducative.

Pour la liberté, l’égalité, la fraternité sans guillemets

C’est en refusant cette démission-là que l’on peut continuer à faire vivre l’idéal républicain. Rendre la liberté aux enseignants aujourd’hui déniés dans leur expertise et sommés de mettre en œuvre des programmes élaborés sans concertation. Promouvoir l’égalité mise à mal quand on décide de l’avenir des lycées généraux et technologiques sans entrainer les lycées professionnels dont on prive les élèves d’un enseignement général. Rendre désirable la fraternité par la coopération et l’entraide contre la compétition systématique de tous contre tous.

Jean-Michel Blanquer qui déclarait au départ vouloir s’inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs est en train de bouleverser notre modèle éducatif. Pas pour préparer notre société aux défis du monde contemporain par plus de solidarité, mais pour accomplir le vieux rêve des idéologues du capitalisme intégral. Celui d’un monde peuplé d’individus détachés de leurs allégeances, de leurs cadres sociaux et culturels de référence, libres et rationnels. Celui de la non-alternative Thatchérienne où chacun ne peut exister qu’en devenant auto-entrepreneur de lui-même. Celui du mépris des faibles, de l’indifférence aux autres.

Disons-le, le monde rêvé de Blanquer et de ses prédécesseurs Allègre ou Sarkozy n’est autre que celui d’une économie à bout de souffle et d’un monde dans l’impasse. A nous de nous mobiliser pour imaginer et imposer collectivement une autre voie.


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