Compte-rendu de la formation syndicale « Genre et pédagogie : quelle école pour quelle société ? »

jeudi 2 mai 2019

Le 1er mars dernier, à Brest, SUD   éducation 29 organisait un stage sur les stéréotypes de genre et leur transmission à et par l’école.

Historienne et maîtresse de conférences à l’Université Paris-Est-Créteil, Fanny Gallot est venue échanger avec une trentaine d’enseignant·e·s réuni·e·s autour de la question des stéréotypes de genre. Le diaporama s’ouvre sur des extraits de catalogues vendant des décorations de chambres d’enfant : une housse de couette bleue pour l’aventurier, rose pour la princesse… Autant de représentations qu’on retrouve quotidiennement, et qui font leur part dans la socialisation différenciée des individus, parmi tant d’autres facteurs qui façonnent les corps et les comportements. Rapidement, le genre est défini par une citation de Joan Wallach Scott comme « élément constitutif des rapports sociaux fondé sur des différences perçues entre les sexes » et « une façon première de signifier les rapports de pouvoir. »1 Cette notion de pouvoir sera fondamentale dans la suite du stage, qui n’aura de cesse de questionner les mécanismes de domination s’appuyant sur le genre. Le masculin et le féminin n’existent que dans leur opposition, dans les différences construites qui participent à la perduration du patriarcat.

Genre et sexe, une différenciation basée sur une assignation

Si l’on a pu un temps considérer le genre comme étant l’aspect social d’un sexe biologique binaire, la binarité de ce dernier est désormais remise en cause. Anne Fausto-Sterling estime qu’entre 1,7 et 2% des enfants naissent indéterminés, intersexes. C’est par des interventions chirurgicales ou des traitements hormonaux que ces bébés seront assignés pour en faire des filles ou des garçons, préservant ainsi un modèle binaire sur lequel les rapports de domination peuvent s’appuyer. De façon analogue, les différences physiques perçues entre les sexes sont à questionner à la lumière de rapports sociaux qui peuvent les déterminer. Dans chaque cas, la société s’inscrit dans les corps, les modèle. Elsa Dorlin constatait que « face à la multiplicité des configurations sexuées possibles, la norme de genre ne parvient à la réduire à une binarité prétendue « essentielle », que parce qu’elle est en mesure d’opérer sur ces corps de véritables mutations. »2

Un état de la recherche en milieu scolaire

L’intervention de Fanny Gallot se poursuit avec un point sur l’état de la recherche en sciences de l’éducation. Les filles ont tendance à interpréter leurs réussites par la chance, et les échecs par un manque d’aptitudes. Cela s’observe notamment dans les évaluations : pour une même note, on dira à un garçon qu’il a beaucoup de capacités mais un poil dans la main tandis qu’on encouragera une fille à poursuivre ses efforts. « Tout se passe comme si les maîtres, tendant à considérer les filles comme ayant en général une attitude positive, n’évoquaient pas, en cas d’échec, le manque d’efforts mais des problèmes intellectuels. »3 À l’oral, l’enseignant·e interroge et laisse parler majoritairement des garçons, attendant d’eux l’émergence de nouvelles notions lorsque les filles sont cantonnées à des tâches de reformulation. Enfin, une majorité des interactions pédagogiques enseignant·e – élève est allouée aux garçons.

Articulation des rapports sociaux

Une partie du stage est consacrée à la question de l’intersectionnalité, de l’articulation des différents systèmes de domination. S’appuyant sur des extraits du film d’Amandine Gay « Ouvrir la voix », Fanny Gallot explique comment les jeunes filles noires se heurtent, au moment de leur orientation, à la confluence du racisme et du sexisme. Ensuite, la question des rapports entre genre et classe sociale est abordée, pour montrer par exemple que le plus fort taux d’échec scolaire chez garçons s’observe avant tout chez les fils issus des milieux ouvriers4,5.

Vers une pédagogie critique de la norme

Si les stéréotypes de genre se propagent par et éventuellement malgré les acteurs de l’école, il nous faut plus que jamais réfléchir aux actions à mettre en œuvre pour inverser cette tendance. Un choix critique des supports pédagogiques permettrait aux élèves de construire des représentations égalitaires alors que dans de trop nombreux albums jeunesse, les personnages féminins sont en retrait, comptant sur l’aide des personnages masculins, quand les filles ne sont pas complètement absentes. Une autre piste d’action se situe sur le terrain du langage, en parlant au masculin et au féminin pour construire une parole inclusive. Enfin, les questions d’enseignement moral et civique sur l’égalité et les discriminations ont à gagner à remettre en cause « la pédagogie de la tolérance ». La tolérance est un rapport de pouvoir habilement dissimulé dans les atours de l’égalité : un groupe à le pouvoir d’en tolérer un autre. L’un tolère, l’autre est toléré. Combattre les systèmes d’oppression par notre pratique professionnelle, ce peut être amener les élèves à réfléchir aux mécanismes d’altérisation, de création de groupes marginalisés.

SUD   éducation Finistère


1- Joan Scott, « Genre : Une catégorie utile d’analyse historique », trad. de l’angl. par Eleni Varikas, Les Cahiers du Grif, 1988, p. 143.
2- Dorlin, Elsa. « Sexe, genre et intersexualité : la crise comme régime théorique », Raisons politiques, vol. no 18, no. 2, 2005, pp. 117-137.
3- Duru-Bellat, Marie. L’École des filles : quelle formation pour quels rôles sociaux ? Paris : L’Harmattan, p. 86.
4- Felouzis, Georges. Interactions en classe et réussite scolaire. Une analyse des différences filles-garçons. In : Revue française de sociologie, 1993, 34-2. pp. 199-222.
5- Depoilly, Séverine. « Les garçons et l’école : rapports sociaux de sexe et rapports de classe », Travail, genre et sociétés, vol. 31, no. 1, 2014, pp. 151-155.

Compte-rendu du stage Genre et pédagogie : quelle école pour quelle société ?

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