Une belle indiscipline : chronique de la journée de reprise

jeudi 5 novembre 2020

Rarement une journée de rentrée aura été aussi floue, tant pour les personnels que pour les élèves et leurs parents. À la suite de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, la rentrée des élèves devait être décalée à 10 heures, afin de laisser un temps d’échange et de réflexion pédagogique entre collègues. Un temps nécessaire, d’ailleurs réclamé par plusieurs syndicats dont SUD Éducation, pour qui 2 heures était bien trop peu, et qui prônait la banalisation du lundi voire du mardi. Il fallait au moins ça pour préparer l’hommage à Samuel Paty, et faire face à une rentrée placée sous le signe d’un "nouveau" protocole covid.

C’était sans compter sur un énième revirement de Blanquer, qui finira par revenir sur la décision de décaler l’horaire de rentrée. Exit le temps de concertation entre collègues. L’heure serait à la lecture de la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs et institutrices. Une lettre incompréhensible par la plupart des élèves.

Ces choix ministériels ne sont pas anodins. Ils sont perceptibles jusque dans le retoquage grossier de la lettre. La communication de Blanquer sur nos adresses académiques, visant à nous dire ce qu’on avait bien souvent déjà appris par les médias…), faisait référence à la « lettre de Jean Jaurès aux instituteurs », alors que le texte original dit « aux instituteurs et institutrices ». Par cet oubli, Blanquer invisibilise 80% des personnels de l’éducation nationale. Mais là où la manœuvre politique est la plus évidente, c’est dans le remplacement du mot "fierté" par "fermeté", et dans l’amputation du passage suivant dans les deux versions de la lettre publiées par le ministère sur le site Eduscol :
« J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! »
Cette phrase résonne singulièrement avec le projet d’école de Blanquer : des évaluations nationales imposées aux élèves et personnels, réforme du baccalauréat et du lycée, épreuves de contrôle continu dans le déni des besoins des élèves, des familles et personnels, parcoursup.

Notre liberté d’expression ne sera pas au garde-à-vous !

Les personnels n’ont pas été dupes de ces injonctions et n’ont pas perdu le sens du métier. Ils se sont concertés, et ont mené des activités pédagogiques en classe pour contextualiser l’hommage à Samuel Paty, quitte à boycotter la lecture de la lettre de Jaurès. Face à une hiérarchie qui les méprise, certains se sont mis en grève, comme dans la banlieue de Rouen. Au collège Jean Texcier de Grand-Quevilly, les professeur·e·s se sont déclaré·e·s grévistes à 100%, venant néanmoins échanger avec les élèves et conduire l’hommage à Samuel Paty.
C’est cela qu’il nous faut cultiver !
La fatigue a gagné les établissements dès le premier jour de la période 2. Nos professions se sentent plus que jamais méprisées par leut hiérarchie, sont las des ordres et des contre-ordres. À cela s’ajoute l’inquiétude face à la propagation du virus, le protocole apparaissant insuffisant pour assurer la sécurité des personnels, des élèves et de leur famille. Enfin, les thèses d’extrême-droite sont plus que jamais présentes dans la bouche de nos dirigeants, de l’attaque des rayons « communautaires » par Darmanin à la critique de « l’islamo-gauchisme » et de « la pensée intersectionnelle et décoloniale » par Blanquer. En ce moment, notre inquiétude et notre empathie vont aussi vers nos élèves musulmans et leurs familles.

Malgré tout cela, la résignation n’est pas une option. Il nous faut réaffirmer nos revendications. Des recrutements massifs de personnels. La titularisation de l’ensemble des non-titulaires sans condition de concours ou de nationalité. Un plan d’investissement massif dans la construction du bâti scolaire pour accueillir les élèves avec davantage d’espace. À court terme, cela passe par l’instauration urgente des demi-groupes d’élèves. Ces mesures, nous nous battrons pour les arracher à ceux qui nous dédaignent.

Cela commence le 10 novembre, par la grève !


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