« Après une grève unitaire et massive, les enseignants obtiennent satisfaction pour une majorité de leurs revendications. »

lundi 15 février 2021

Un titre venu du passé ? Non, il a quelques mois seulement ! En France ? Hélas non ! Aux Etats-Unis ou au Burkina Faso (voir infra).

En France, les grèves ne sont ni massives, ni unitaires, et elles sont rarement gagnantes. Les grèves enseignantes sont de moins en moins suivies par les personnels : en 2008, 39% des enseignants ont participé à au moins une action de grève ; mais ils n’étaient plus que 14,6 % en 2016. Pourquoi ?

Raison 1 : la désunion syndicale. Depuis 2003 et la défaite du monde enseignant dans la grève contre la « réforme » des retraites, grève massive et longue, certains syndicats dits « réformistes » ont nettement abandonné le rapport de force pour la négociation coûte que coûte. Mais c’est hélas aux salariés que cela coûte, au final, tant les reculs ont été importants en terme de rémunérations, de statut, de condition de travail (gel des salaires, jour de carence, manque criant de postes, réformes libérales à tous les niveaux, précarisation…)

Raison 2 : le discours anti-syndical. Il a connu son apogée sous Sarkozy, et a fait son retour en force avec la macronie. Restriction du droit de grève (obligation de se déclarer dans le primaire, service minimum), criminalisation des actions syndicales, restriction de la représentativité, violences policières institutionnalisées, discours médiatique à sens unique (les fameux « privilégiés preneurs d’otage »…)

Raison 3 : changement sociologique du corps enseignant. Par la réforme de la masterisation, c’est toute une frange sociale de la société qui n’accède plus au métier de l’enseignement, notamment dans le premier degré. Les concours qui permettaient à l’ascenseur social de faire « monter » des enfants des classes populaires vers les métiers de l’enseignement, n’ont plus aujourd’hui cette fonction. Les études sont plus longues, plus coûteuses, plus sélectives, et le concours ne garantit plus une sécurité matérielle en début de carrière.

Des raisons de désespérer ? Non ! Les deux exemples de lutte syndicale victorieuse ci-dessous nous montrent que la voie choisie par SUD éducation est la bonne : unité dans le rapport de force de la grève, mouvement massif dans la durée, organisation du mouvement à la base ! Tous en grève pour nos salaires le 26 janvier !

Etats-Unis

Démarrée en février 2018 dans des états du sud, et s’étendant rapidement jusqu’en Californie, la grève des enseignants états-uniens porte sur les salaires, et malgré l’interdiction du droit de grève des enseignants dans certains états (Virginie Occidentale, p.e.). Ce n’est pas un mouvement isolé : 2018 a été l’année qui a connu le plus de conflits du travail depuis 1986 aux Etats-Unis.
Des dizaines de milliers d’enseignants se sont mis en grève reconductible pendant plusieurs jours, de façon massive, dans un pays où la culture est plutôt au piquet de grève ponctuel. Cette grève ne s’est pas construite contre les familles des élèves, mais avec elles : en Virginie Occidentale, un des états les plus pauvres, les enseignants ont anticipé la grève et la fermeture des écoles en s’assurant que leurs élèves ne seraient pas laissés à la rue et qu’ils auraient à manger, en constituant une sorte de banque alimentaire avant le conflit. Ils ont reçu le soutien massif des parents d’élèves, solidaires avec les enseignants, comprenant leurs revendications salariales et partageant une partie de leurs revendications sur le nombre d’élèves par classe, sur les moyens, et contre la concurrence des charter schools (écoles privées sur fonds publics). A Los Angeles, on peut compter jusqu’à plus de 50 élèves par classe !) Même certains enseignants des charter schools se sont joints au mouvement !
Après plusieurs jours de grève (6 à 9 selon les états, chaque état ayant compétence en matière éducative) et une majorité d’écoles fermées, la plupart des revendications ont été satisfaites : augmentation des rémunérations, meilleure couverture santé, embauche d’enseignants pour diminuer le nombre d’élèves par classe, frein à la privatisation.
Ces victoires sont le fruit d’une mobilisation unitaire et massive.

Burkina Faso

De 2017 à 2020, la Coordination Nationale des Syndicats de l’Education (CNSE), regroupant 11 syndicats d’enseignants, a mené une lutte acharnée, unitaire et massive autour d’une plateforme revendicative, qui a obtenu de bonnes avancées en termes de droits.
Du primaire au secondaire, les enseignant.e.s burkinabé.e.s, au fil des années, estiment leur profession de moins en moins rémunérée et considérée, et jugent leurs conditions de travail de plus en plus mauvaises. Au-delà de ces revendications catégorielles, les enseignant.e.s demandent une véritable revalorisation de la politique éducative de leur pays : augmentation du budget de l’éducation, amélioration des infrastructures, fourniture de matériel pédagogique, création de bourses d’étude, diminution des effectifs par classe, amélioration des cantines…
Après la rentrée 2017, la mobilisation monte en puissance, avec des grèves par paliers : chaque préavis annonce une grève plus longue que la précédente, associée à des mobilisations et manifestations sur le terrain. Le mouvement est massivement suivi, les établissements sont fermés. Le gouvernement finit par signer un accord en 2018, mais sans le mettre en œuvre.
Le mouvement reprend donc à la rentrée 2018, toujours sur le même modus operandi et avec le même succès. En mai 2019, le gouvernement finit par signer un nouvel accord, marquant la victoire des enseignant.e.s sur nombre de leurs revendications : amélioration des rémunérations et du statut, amélioration des infrastructures, limitation du nombre d’élèves par classe (70 en maternelle, 50 en élémentaire, 60 dans le secondaire) grâce à des recrutements, dotation en matériel pédagogique. Beaucoup d’enseignant.e.s attendaient plus, notamment sur leur fiche de paie.
Mais grâce à son exemplaire unité et longévité, ce mouvement est une victoire des syndicats enseignants.


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