Les Animaux malades de la dette

lundi 18 mars 2013

Un mal qui répand la terreur, que le Marché en sa fureur
Inventa pour punir tous les prolétaires,
La Dette (Capitalisme serait plus vrai)
Capable d’enrichir en un jour le banquier,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne chômaient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Tous les Loups et Renards épiaient
Le moindre et ridicule emploi.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’argent, partant plus de toit.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le CAC a permis
Pour nos dettes cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux lois du financier courroux,
Peut-être il obtiendra la croissance commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits féroces
J’ai bien ruiné force négoces.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois d’acheter
Un député.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse avec aplomb :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Boss, dit le Renard, vous êtes le patron ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, ruiner négoces, salariés, sotte espèce,
Est-ce un crime ? Non, non. Vous leur fîtes d’ailleurs
En les virant beaucoup d’honneur.
Et quant au député l’on peut dire
Qu’il était digne de son prix,
Etant de ces gens qui méritent mépris
Et se font sur des mensonges élire.
Ainsi dit le Renard, et traders d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
Le travailleur vint et dit : Moi j’ai souvenance
Qu’au Carrefour de mon quartier passant,
La faim, le chômage, l’hiver froid, et je pense
Quelque révolte aussi me poussant,
Je croquais en passant une pomme rouge sang.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria " salaud " au salarié.
Un Loup quelque peu avocat prouva sur le champ
Qu’il fallait écrouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger le bien d’autrui ! Quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien payer.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
La crise vous mettra sur la paille ou gros rentier.


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