Sciences économiques et sociales : Des chiffres, des lettres et des yeux ouverts

jeudi 3 octobre 2013

L’enseignement des Sciences Économiques et Sociales au lycée a payé un lourd tribut à la réforme droitière du lycée imposée par le précédent pouvoir. Reléguée en seconde au rang d’enseignement d’exploration sans évaluation obligatoire, la matière s’est vue dépouillée de nombre de moyens pédagogiques qui lui permettaient auparavant de s’exercer pleinement.

Dans une lettre ouverte au ministre de l’Education en mai dernier, l’APSES (Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales) demande à ce que cet enseignement soit pleinement intégré au tronc commun des disciplines de toutes les classes de secondes générales et technologiques. Selon son président Erwan Le Nader, "il est normal au 21e siècle que les sciences sociales fassent partie du bagage commun des lycéens".

Pour former des citoyens autonomes et dotés d’esprit critique, pour leur transmettre les savoirs et savoir-faire scientifiques et pluralistes, des conditions pédagogiques adéquates s’imposent bien au-delà de l’aspect quantitatif de la revendication. Celle-ci dépasse la réaction corporatiste car elle touche aux conditions mêmes d’une vraie relation pédagogique d’où peut émerger une ouverture à la politique au sens noble du terme.

“Refonder les SES”

Ainsi, l’APSES rappelle son attachement à des programmes structurés autour d’objets d’études partant de problématiques explicites pour que les élèves puissent comprendre les enjeux économiques et sociaux contemporains. Ces programmes doivent être confectionnés au sein de groupes d’experts familiarisés avec les contraintes de l’enseignement secondaire, professeurs et universitaires représentatifs de la pluralité des approches pédagogiques et théoriques.

Or, les nouveaux programmes entrés récemment en vigueur ont été l’objet d’une offensive idéologique en haut lieu qui a prétendu « refonder les SES » en en réorientant profondément les priorités. Encyclopédiques et massifs, ils ont surtout commandé une régression pédagogique en faisant recourir à la prescription pour préparer les élèves aux échéances en temps utile, au détriment d’une lecture critique des sources utilisées et d’une réponse à la curiosité des élèves.

Un enseignement sous la coupe d’un idéologie

Ces programmes imposent un cloisonnement disciplinaire entre les différentes sciences sociales, à l’encontre de la vocation interdisciplinaire de la matière. Aussi, des thèmes comme la monnaie ou le marché ne sont plus abordés que sous l’angle économique. Beaucoup a été fait pour privilégier en seconde l’étude de l’entreprise sous l’angle de sa gestion interne, autour du principe utilitariste de choix individuel, en évacuant nombre de sujets de société qui stimulent la réflexion des élèves. Inégalités, chômage, classes sociales, domination politique, ces sujets ont longtemps contribué à structurer un esprit de synthèse réconciliant les apports divers en sciences sociales et sont aujourd’hui pratiquement évacués. Aujourd’hui, l’enseignant de SES doit présenter les avantages du libre-échange ou de la construction européenne telle qu’elle est, ou les moyens d’intervention des banques centrales sans s’interroger sur leurs limites…

La perspective d’une extension quantitative de la matière à l’ensemble du tronc commun dans de telles conditions doit donc prendre en compte ces nouvelles conditions d’exercice. L’APSES demande depuis le début de l’application de la réforme du temps et la convocation d’un nouveau groupe d’experts pluraliste sur l’ensemble du cycle terminal, sous peine de quoi notre enseignement dériverait vers une théorisation fataliste d’un nouvel « esprit du capitalisme » appuyé sur une discutable éthique scientifique.


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