Déclaration intersyndicale au CSA-A du 7 avril 2026

jeudi 9 avril 2026

Mesdames et Messieurs les membres du Comité Social d’Administration de l’Académie de
Rennes,

Nos organisations syndicales réaffirment leur soutien total au collègue professeur convoqué par le rectorat le 9 février dernier pour avoir exprimé son soutien au peuple palestinien.
Nous dénonçons avec force l’attaque dont a été victime notre collègue enseignant et délégué syndical de SUD éducation 29. Cette convocation s’inscrit dans un contexte préoccupant de remise en cause des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et la liberté syndicale, pourtant garanties aux agents et agentes de la fonction publique.

Au-delà de la situation individuelle, cette affaire révèle une dérive inquiétante de l’institution. La hiérarchie tente ici d’imposer une interprétation restrictive du devoir de neutralité, qui devient un outil de censure politique plutôt qu’un principe garantissant l’égalité de traitement des usager·es.

Ainsi, plusieurs éléments doivent être rappelés :
 La salle des professeurs est un espace réservé aux personnels, distinct de l’espace pédagogique, où l’expression syndicale est légitime et légale
 La liberté d’expression des fonctionnaires est encadrée mais réelle ; et cette liberté inclut donc l’expression d’opinions dans un cadre syndical ou entre collègues
 L’affichage sur un panneau syndical relève explicitement du droit syndical, que l’administration ne peut restreindre arbitrairement

En réalité, ce qui est visé ici, ce n’est pas un prétendu manquement à la neutralité, mais bien l’expression d’une position politique critique, portée dans un cadre syndical. Cette situation traduit une volonté de faire taire la solidarité et les engagements en soutien au peuple palestinien.
Nos organisations syndicales souhaitent également rappeler que l’expression syndicale ne se limite pas à la défense des conditions de travail des agent-es de l’éducation nationale.
Oui, la question palestinienne est une question syndicale, parce que les entreprises dans lesquelles nous travaillons, les universités que nous fréquentons sont parfois liées à l’économie israélienne. Et dans un contexte où les gouvernements ne prennent aucune sanction contre un pays qui bafoue toutes les règles internationales, commet un génocide, agit au-delà de toute morale, notre devoir est de faire pression depuis nos lieux de travail, de refuser que les travailleurs et les travailleuses participent, d’une quelconque manière que ce soit à ces violations du droit international.

Nous rappelons ici que depuis octobre 2025, plus de 600 Palestiniens et Palestiniennes ont été tuées à Gaza : les bombardements israéliens restent quotidiens dans ce territoire palestinien occupé. Ces morts s’ajoutent aux plus de 70 000 personnes tuées et plus de 170 000 blessées depuis octobre 2023. La guerre destructrice menée par le gouvernement israélien n’est pas terminée : elle continue à plus bas bruit.

Nous dénonçons aussi une solidarité à géométrie variable et refusons le deux poids, deux mesures.
Dès le début de la guerre en Ukraine en 2022, un élan massif de solidarité s’est exprimé dans la société : accueil des réfugié·es, affichages de soutien par notre académie envers les élèves et enseignant-es ukrainien-nes accueilli-es sur notre territoire, prises de position publiques dans les établissements scolaires.
Nous avons soutenu et soutenons pleinement cette solidarité. Mais nous refusons qu’elle soit à géométrie variable.
Pourquoi ce qui est légitime pour le peuple ukrainien deviendrait-il répréhensible pour le peuple palestinien ? Pourquoi afficher un drapeau ukrainien sur le site de notre académie est-il possible, tandis qu’un drapeau palestinien vaudrait une convocation disciplinaire ?
Les Palestinien·nes doivent bénéficier du même élan de solidarité, du même droit à l’expression publique, du même accueil digne et inconditionnel.
Refuser cette égalité, c’est accepter une hiérarchisation des vies et des souffrances.

Nos organisations syndicales réaffirment leur attachement internationaliste à une paix juste et durable entre Palestinien·nes et Israélien·nes, fondée sur le respect du droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Nous affirmons clairement notre solidarité avec le peuple palestinien et soutenons toutes les expressions de cette solidarité. Face aux violences et aux crimes dont ce peuple est victime, il est hors de question de se taire : les dénoncer est une exigence politique, syndicale et humaine.


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