Un adolescent de 15 ans est mort au travail en avril dernier. Elève en seconde de lycée professionnel dans le Gard, il a été écrasé par un chariot élévateur dans une entreprise de BTP.
Entre avril et juillet 2025, quatre autres l’ont été. L’un percuté par un engin de chantier, un second écrasé sous une poutre métallique, le troisième victime de la chute d’une palette et le dernier s’est noyé dans un plan d’eau d’une ferme où il était apprenti. Tout ces cas sont documentés dans Basta datant de fin août dernier.
Du côté des ministères de l’éducation, du travail et de la justice, tout le monde a bien travaillé pour répondre à l’émotion médiatique.
Pour ce qui est de fournir des réponses crédibles aux conditions particulières d’adolescent·e·s en stage ou apprentissage, le « pas-de-vague » est resté de mise. Les alertes sur les risques croissants d’accidents graves et mortels affluent pourtant depuis des années du monde de l’éducation et des organisations syndicales.
Le ministre de l’éducation écrit que « la sécurité des jeunes constitue une sécurité absolue », annonce le lancement d’une « mission flash » avec le ministre du travail pour « renforcer les conditions de sécurité des stages » après l’accident du 17 avril. On attend toujours de voir quels sont les moyens alloués à cette noble ambition.
La protection au travail beaucoup moins
Alors que les entreprises sont des endroits de plus en plus dangereux, où les normes de protection tombent une à une, le gouvernement accentue la tendance à les ériger en lieux privilégiés de la formation des jeunes.
Les autorisations préalables de l’inspection du travail sont de moins en moins exigées, celle-ci a perdu 16% de ses effectifs depuis 2015 soit environ 740 inspecteurs et inspectrices en moins.
Quand à la médecine scolaire, le « plan santé scolaire » mis en place à la rentrée 2025 limite les visites médicales à une par cycle alors que le code du travail prévoit le renouvellement annuel des visites médicales d’aptitude pour les jeunes affecté·e·s à des travaux dangereux.
Plus d’entreprise, moins d’école
Les jeunes en situation de travail productif sont de plus en plus nombreuses et nombreux, de plus en plus jeunes et sur des périodes de plus en plus longues (+208% du nombre d’apprenti·es entre 2006 et 2024). La durée des stages des élèves en lycées professionnels ne cesse d’augmenter (16 à 18 semaines par an avant 2000, 22 aujourd’hui). A cela s’y ajoute les stages obligatoires pour les collégien·ne·s de SEGPA dès la quatrième pour certain·es. N’oublions pas les stages d’observation obligatoires de 15 jours depuis 2026 pour les élèves de seconde générale et technologique en plus du stage de troisième. On comprend à quel point le ministère de l’éducation les expose à une insertion précoce et non préparée sur les lieux d’emploi.
L’éducation pour savoir ou l’emploi pour survivre
Les pressions hiérarchiques, les violences sexuelles et sexistes, l’exposition aux produits toxiques, les horaires excessifs, le non-paiement des salaires, le travail de nuit sont déjà le lot d’une grande quantité de jeunes qui subviennent à leurs besoins, et parfois ceux de leur famille du mieux qu’ils et elles peuvent, en menant de front des études secondaires ou supérieures et un emploi le soir ou le week-end toute l’année et pas seulement pour la saison.
Réussir leurs études est pour elles et eux une bouée de sauvetage à laquelle ils aspirent massivement. Ce sont des moyens humains, matériels et économiques qu’ils et elles attendent de leur ministère.
On peine à trouver les conditions d’un avenir digne et émancipateur derrière ces politiques taillées sur mesure pour répondre aux jérémiades patronales sur le coût du travail.
Sud Education 29 dénonce et conteste totalement cette dérive du système éducatif.

