Circulaire remplacement : Cherchez les coupables !

lundi 3 juillet 2017
par  sudeducation29

La dernière annexe de la circulaire « remplacement » date de mars dernier (B.O du 15 mars). Cette annexe n°5 concerne les absences perlées et révèle un véritable renversement dans les pratiques que s’autorise l’institution dès l’instant où tout arrêt-maladie peut être interprétée comme un «  défaut d’assiduité dans l’accomplissement de la mission  ». Tout absentéisme peut être envisagé uniquement sous l’angle de la « performance du service public ».

« Fortes contraintes » et flicage

5 absences par trimestre suffisent pour être identifié et signalé comme « générateur de fortes contraintes en termes de remplacement ». Et la mise en place des procédures de traitement des signalements va pouvoir s’accomplir la main sur le cœur au nom d’une « connaissance plus fine des absences des enseignants… qu’elles sont ou non du fait de l’institution ». Il suffit de citer le texte qui parle de lui-même pour en saisir toute la portée : « Les services académiques procéderont à des vérifications (éléments saisis dans les bases, informations contenues dans les dossiers, échanges avec les services médicaux et sociaux… pourront notamment permettre d’identifier les causes des absences, de faire le point sur les mesures mises en place pour assurer la continuité des apprentissages, et le niveau des tensions internes ou externes constatées ou susceptibles de se produire ». L’intrusion dans la vie privée s’installe dans les usages, il devient possible d’aller consulter « les » dossiers (comme ça il y aurait plusieurs dossiers sur les uns et les autres ? Qui sont ceux qui iraient les consulter ???). De même, on remet en cause le secret médical pour les collègues. On remet en cause l’obligation de discrétion professionnelle pour les personnels médicaux et sociaux qui subiront une injonction contradictoire à devoir répondre aux ordres de leur hiérarchie.

Individualisation du suivi

Le texte va encore plus loin en impliquant directement les directions et les inspections, en mentionnant une « analyse des signalements effectués par les chefs d’établissement dans le second degré et les inspecteurs de circonscription dans le premier degré… objectivant la vigilance accrue à porter à certaines situations ». Ainsi, on va pouvoir se saisir en haut lieu des remontées par les supérieurs hiérarchiques sur ce qu’il en est dans les lieux d’exercice des personnels, tant sur l’accueil des élèves que du climat interne entre collègues. Comment l’institution peut-elle être à ce point aveugle au point de penser que nos différents chefs mentionneraient leur propre responsabilité dans les cas de harcèlement, de déstabilisation ou d’abus de pouvoir ? On a là un basculement complet de la prévention et la réduction des risques organisationnels (RPS…) à la suspicion généralisée, en dépit des déclarations de bonnes intentions du ministère.

Le repérage individuel va aboutir à confier aux corps d’inspection les actions d’accompagnement et aux services de ressources humaines un traitement personnalisé « en fonction des particularités de chaque situation médicale, sociale, pédagogique ou personnelle ». Aucune précaution n’apparaît quant au caractère confusionniste de telles associations. Comme si on pouvait dissocier les contextes délétères de certains établissements, les fragilités individuelles et la dégradation des relations professionnelles. Un seul objectif tangible, limiter les absences et renforcer les moyens de contrôle social en jouant sur la dimension individuelle et particulière de chaque problématique (« solutions adaptées selon le repérage et le diagnostic opérés »).

Les modalités d’action et les moyens dont elles disposent étant très limités, l’administration fait fi de la souffrance au travail et en dilue les causes, fait fi de la prévention des risques et ne vise que l’objectif du suivi au travail.

Par nature et par culture, l’enseignement dans une société individualiste est une bienveillance. Il s’agit de contribuer à l’émancipation des participants à notre société d’êtres humains. La bienveillance n’est pas une indulgence coupable. Il s’agit d’abord de donner à chacun les moyens de répondre au mieux à la mission qui lui est confiée et de s’en inquiéter dans les formes les plus objectives et explicites possibles.

L’enseignement est un rapport social entre égaux et futurs égaux, il importe que la définition des moyens disponibles présente la qualité nécessaire pour conquérir une légitimité partagée par tous. Nous sommes là pour rappeler à l’institution que quand les collègues font face à l’échec, celle-ci est aussi en échec. Nos résultats sont aussi et avant tout le miroir de son activité. Mieux vaut un miroir que les glaces déformantes du numérique !!


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