Guy Môquet et Sarkozy : le bien, le mal, les mots

mardi 23 octobre 2007

Commençons par relever l’existence d’un ministre de « l’Immigration et de l’Identité nationale » qui déplore que « la mémoire des morts pour la France passe aujourd’hui après la promotion de ceux qu’on présente comme morts à cause d’elle ».

Remarquons également l’orientation « génétisante » de la vision et de l’action du « lider maximo »de l’UMP qui distille le poison de la suspicion au cœur des relations humaines, que ce soit sur la délinquance ou sur le lien familial « ADN, sinon rien ».

De coups d’éclat médiatiques en diversions répétées, le président de la République œuvre davantage à la réconciliation idéologique des courants (« faisceaux » ?) de la droite française et au vernissage des représentations sur la France occupée qu’à la prise de conscience des périls qui menacent le lien démocratique dans notre société.

Preuve de l’enterrement de la parenthèse gaulliste dans l’histoire de la droite, la présentation du souvenir des fusillés de la Résistance, dont Guy Môquet, autour de lettres ou seule émerge l’exaltation sacrificielle et doloriste de la patrie et de la famille. Un angle d’analyse générale est donné, le « nous, Français » contre le « eux, étrangers » et rien sur les convictions humanistes et internationalistes de ceux qui ont lutté contre la Gestapo et la Milice française, rien sur les idéaux collectifs de progrès social qui au-delà des frontières ont été la cible des fascismes et des nationalismes au pouvoir. Rien non plus qui ravive le souvenir de l’élimination physique de fractions entières de la population dont la présence sur le sol national a été désigné à l’époque comme un problème par les dirigeants allemands et français.

Alors que le général De Gaulle avait construit sa stature sur le refus de la soumission et de la barbarie, Nicolas Sarkozy n’a su se faire élire président qu’en se mettant au niveau de Le Pen. Il est le plus petit des présidents de la République française, celui qui porte des coups réguliers aux institutions de l’Etat de droit et qui planifie l’expulsion du territoire d’individus et de familles entières jugés indésirables aujourd’hui.

La Résistance a construit les bases des solidarités modernes de l’Etat-providence (programme du Conseil National de la Résistance de 1944), Sarkozy règne sur la France de TF1, après vingt-cinq ans d’individualisme et d’anti-intellectualisme « branché », en stratège florentin d’une « real politik » de l’émotion et du ressentiment envers l’autre.

Parce que ce président prétend faire bouger les lignes de l’Histoire en faisant bouger les mots, parce que le démagogue est celui qui prétend allumer une bougie tout en organisant l’obscurité, parce que seuls l’esprit critique et la responsabilité citoyenne peuvent réhabiliter la politique dans le babil grégaire généralisé, je demande à pouvoir lire à nos élèves le témoignage d’une famille sans papiers dont les enfants ont été raflés à l’école, pour leur montrer que la France de 2007 qui sait trier les « choisis » et les « subis », règle ses pas sur la France de Vichy, celle qui a liquidé Guy Môquet et Jean Moulin.

Régis, professeur et citoyen


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