Audit soit qui mal y pense !

1er degré
vendredi 9 juin 2023

Depuis cette année 2023, après l’avoir expérimentée dans quelques départements, le
ministère généralise les audits (oups) les évaluations externes d’école à l’ensemble des académies, à raison de 20% des écoles par an, pour, au terme de 5 ans, avoir finalement « évalué » toutes les écoles primaires.

Cette pratique est issue de la loi Blanquer, si mal nommée « de la confiance ». Chaque évaluation se déroule en deux temps. Une première phase dite d’« auto évaluation » concerne bien sûr les enseignant∙es mais aussi toutes les personnes impliquées dans la vie de l’école : agent∙es territoriaux/ales (ATSEM, personnel de ménage, de
cantine, du périscolaire), parent∙es d’élèves, élu∙es municipaux, AESH, ... Il s’agit de répondre à un questionnaire plus ou (plutôt) moins ouvert, un cadre de réflexion contraint, choisi par l’administration (comme les Constellations...), visant à dégager un maximum de données sur l’école et son environnement, mais surtout son
fonctionnement propre et ses résultats.

Pour les enseignant∙es, ce temps d’ « auto évaluation » est pris sur le temps de formation continue ou les concertations. On voit là le peu de cas que l’administration fait du droit à se former... hors Constellations, bien sûr ! (appauvrissement
continu des contenus et du nombre de modules, imposition des thèmes et sujets... Ce n’est plus de la formation, mais de la conformation !).

La seconde phase, dite « évaluation externe », commence par une visite des locaux scolaires par l’équipe évaluatrice, un∙e IEN, des CPC ou personnels de direction. Puis iels reviennent à l’école après avoir produit une première analyse pour rencontrer les « auto évalué∙es » et mener avec elleux des entretiens, individuels ou à plusieurs (un∙e enseignant∙e de chaque cycle par exemple). À la suite de quoi un rapport oral puis écrit et rendu, communiqué à l’école et à l’administration. Il fixe les points à améliorer et les objectifs à atteindre.

D’où est sortie cette perversion de l’évaluation d’école ?

Malgré trois annexes, le document cadre n’indique pas l’origine idéologique de cette récupération d’une vieille revendication syndicale (évaluation collective et non individuelle) et de son dévoiement.
Pourtant l’idéologie source n’est ni nouvelle ni issue du cerveau blanquérien. Elle a un nom : le New Public Management (en Anglais et avec majuscule, ça fait plus startup nation !). C’est une pratique néolibérale visant à gérer les Services Publics comme des entreprises privées, afin de les rendre rentables et productifs (et privatisables ?), avec un goût prononcé pour les indicateurs chiffrés, quantifiables
et (soit disant) comparables. Le NPM (New Public Management) sévit déjà depuis longtemps dans la Police, à Pôle Emploi (ou quel que soit son nom), à l’Hôpital, etc... Et donc débarque aujourd’hui officiellement dans les écoles primaires.

Ces pratiques d’auto évaluations et de fixation d’objectifs remontent aux années 40. D’anciens cadres nazis créèrent une école de management qui eu très vite un grand succès... chez les patrons. Un de leurs slogans favoris : faire mieux avec moins. Et
une de leurs pratiques phare : la pratique de l’auto évaluation et la fixation d’objectifs, faisant reposer la responsabilité au plus près des travailleurs/euses.

Objectif non atteint ? C’est la faute du/de la salarié∙e !
(lire l’essai de Johann Chapoutot : Libres d’obéir Le Management, du nazisme à
aujourd’hui).

Perversité de l’autoévaluation

La perversité de l’auto évaluation (ou prétendument telle) se situe là : quand les équipes pédagogiques auront identifié forces et faiblesses de leur travail, iels recevront l’objectif à atteindre, avec la « liberté » des moyens pour l’atteindre. Mais le jeu est faussé : les fixeurs/euses d’objectifs sont aussi celleux qui réduisent la liberté pédagogique, qui ferment des classes, suppriment des postes de remplaçants, dans les RASED, mettent en place des PIAL inhumains, bloquent les salaires, démolissent
la formation initiale et continue, se refusent à la mixité sociale, gavent les écoles confessionnelles d’argent public...

Et si l’objectif fixé n’est pas atteint ?

Si l’objectif n’est pas attteint, haro sur l’enseignant∙e, ce gueux, ce fainéant, ce galeux qui se goberge de vacances plutôt que de faire réussir ses élèves ! Et que je lui remets une louche de Constellations, et que je lui sucre sa prime au mérite
(ou ses briques de pacte) et que je baisse le classement de l’école. Car malgré les jurés crachés ministériels, ça finira par arriver, les classements, comme dans le secondaire...

À quoi ou plutôt à qui cela va t il servir ?

Aux élèves ? Sûrement pas, si la dégradation du service public se poursuit, on voit mal comment sans diversité pédagogique, toujours plus nombreux/euses par classe, avec des enseignant∙es au métier dégradé, de plus en plus vieux et / ou précaires, leur situation pourrait s’améliorer. Les évaluations internationales continueront de trouver notre système scolaire très inégalitaire.

Aux enseignant∙es non plus. Les débutant∙es seront affecté∙es sur des écoles difficiles où atteindre les objectifs relèvera du miracle. Et l’ambiance en salle des maitre∙sses : qui sera le maillon faible qui n’aura pas permis d’atteindre l’objectif ? (Poids supplémentaire sur les épaules des directeurs.rices qui peuvent se trouver en situation de recruteur...).

Le ministère sûrement, qui va ainsi se doter d’une batterie redoutable d’indicateurs chiffrés pour classer, trier, récompenser et punir, distribuer les bons points (pardon, les « privilèges », puisque c’est la dernière « mode » dans les écoles...) et les bonnets
d’âne. On voit que la rémunération au mérite a trouvé les outils pour s’installer et fonctionner à plein régime !

Résister collectivement

La priorité est d’organiser une résistance collective et d’en informer le syndicat. Sur une circonscription, comme tou∙tes les enseignant∙es de toutes les écoles de la circo de Lanta (31 ) qui ont collectivement signé une motion de refus. Dans son école, en
Conseil des Maitres ou en Conseil d’Ecole.
Individuellement, si l’on se retrouve isolé∙e, il semble indispensable de commencer par en informer SUD éducation.
Y aura t il des sanctions ? Nous manquons de recul, nous avons peu d’information mais pour l’instant, nous ne connaissons pas de cas de collègue sanctionné∙e. Ce processus est un nouveau pas vers la marchandisation des services publics. L’administration dégrade jour après jour nos conditions de travail et de vie, notre statut de fonctionnaire, l’attractivité de notre métier. Et qui va rallonger notre temps de travail...

Nous le réaffirmons haut et fort : l’école n’est pas une entreprise !
Refusons qu’elle soit (mal)traitée !


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