Salaires : comment sommes nous payé∙es ?

jeudi 14 décembre 2023

Journal décembre 2023

Sommaire :
 [Actualité] : Pour une vraie rénovation du bâti scolaire
 [Actualité] : Combien de degrés dans la classe ?


EDITO - Salaires : comment sommes-nous payé∙es ?

Mal, certes. Mais en détail ?

Comme tous·tes les salarié·es, notre salaire net est le résultat du salaire brut et des primes moins les cotisations sociales. Comme tous·tes les agent·es de la fonction publique (d’État, hospitalière ou territoriale), notre salaire brut est conditionné par le point d’indice (sa valeur est de 4,92 € depuis le 1er juillet) multiplié par l’indice correspondant au corps, au grade et à l’échelon de l’agent·e (ces indications se trouvent en haut de la fiche de paie) :


Le corps de tous·tes les enseignant·es (de la maternelle à l’université) comporte aujourd’hui trois grades : la classe normale, la hors classe et la classe exceptionnelle. Chaque grade comporte plusieurs échelons, à chaque
échelon correspond un indice multiplicateur du point d’indice.
S’ajoutent à ce salaire brut et fixe une ou plusieurs primes (ISOE et ISAE, direction, REP,...) et des heures supplémentaires (dans le second degré).
Pour obtenir le salaire net, on doit retrancher les cotisations sociales : retenue PC (pension civile = retraite), CSG (contribution sociale généralisée), CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale),...
La cotisation mutualiste et le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu figurent aussi sur la fiche de paie.

Ceci étant dit, cela fait-il un bon salaire ?

Clairement la réponse est non, quand on le compare dans le temps, avec d’autres fonctionnaires de même catégorie et avec le salaire des collègues européen·nes.
Comparatif avec nos collègues européens (sur la seule base du salaire, sans tenir compte des conditions d’accès ou d’exercice du métier)
(source OCDE) :

Ce graphique comparatif a déjà été largement commenté. Il est clair que les pays du nord de l’Europe rémunèrent mieux leurs enseignant·es, que ciels du sud, la France se situant entre ces deux tendances, mais dans une fourchette très basse.

Comparatif dans le temps : la chute de la rémunération

Voici trois évolutions des rémunérations pour trois corps de professeur·es (certifié·e, de lycée professionnel et des écoles) à trois moments de la carrière (début, 10 ans d’ancienneté et fin de carrière classe normale) de 1982 à 2018.

 L’entrée dans la carrière : globalement, le salaire de début de carrière s’est amélioré au fil du temps, sauf pour les certifié·es après 2010. Cette amélioration des conditions d’entrée est due pour les PLP et les PE au changement des statuts des années 90 de PEGC et instituteur·trice à PLP et PE. La stagnation de la rémunération des PE et la baisse dans le secondaire ont trois causes : la fin de l’indexation du point d’indice sur
l’inflation puis le gel du point d’indice (hors 2016) et la hausse des cotisations sociales.
 10 ans de carrière : la chute de rémunération est spectaculaire pour les certifié·es, importantes pour les autres corps. Mêmes causes que pour les débuts de carrière.
 Fin de carrière : tous·tes perdant·es dans le secondaire, niveau bas au primaire. Alors qu’en valeur nominale les salaires semblent avoir augmenté (on gagne plus de brouzoufs en fin de carrière qu’en début), la rémunération que l’on devrait atteindre en valeur absolue a baissé, toujours pour les mêmes raisons : gel du point d’indice, qui lié à l’inflation, cause une perte moyenne de 1% de rémunération par an, auquel s’ajoute la hausse des cotisations sociales. Un·e certifié·e au 11ème échelon gagnait 3589€ net en 1986 (13623 francs), 3006 € en 2011, 2780 € en 2018… (source : Salaires des enseignants : la chute, Bernard Schwengler, L’Harmattan, 2021)

Quels seront les effets du protocole « Parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations » (PPCR) initié en 2017 et achevé en 2021 ? Des hausses nominales de salaire faibles, entre 0,1% et 3,8% selon les corps et les niveaux d’ancienneté, qui seront absorbées par l’inflation et la poursuite des hausses de cotisations sociales
(Pension civile notamment). L’accès élargi à la Hors Classe et à la Classe Exceptionnelle ne semble pas améliorer le dispositif actuel, car le passage d’un échelon à l’autre a été rallongé, notamment en début de carrière (Classe Normale).

Comparatif avec d’autres fonctionnaires de même catégorie

Le tableau ci-dessous montre les évolutions salariales de divers·es fonctionnaires de catégorie A entre 1982 et 2009 (source INSEE) :

Alors que toutes les rémunérations des fonctionnaires non enseignant·es ont augmenté, celles des enseignant·es ont fortement baissé. Cela est dû à une particularité de la fonction publique : les primes. Pour certaines catégories de fonctionnaires, comme les inspecteur·trices par exemple, les primes peuvent représenter jusqu’à 50% de la rémunération ! Très loin des 17% des professeur·es du secondaire et encore plus des 7% des professeur·es du primaire… Le nombre et le montant de ces primes ont fortement augmenté pour d’autres corps de fonctionnaires (toutes catégories confondues), pas pour les enseignant·es…
Ajoutons que les salaires du privé ont eux aussi suivi une courbe ascendante, tandis que les nôtres stagnaient ou baissaient, et le tableau est bien noir !

Tous∙tes perdant∙es !

Moins bien payé·es que nos voisin·es, que les autres fonctionnaires de catégorie A, que les générations qui nous ont précédés, notre salaire s’est fortement dégradé au fil du temps, à coup de gels du point
d’indice, de hausse des cotisations sociales.
La dernière réforme des retraites verra mécaniquement le montant des pensions à la baisse par rapport aux
générations précédentes, en plus de rallonger le temps passé au travail. Nous n’avons pas besoin de travailler
plus pour gagner plus, comme nous le propose Macron, pâle ersatz thatchero-sarkoziste, avec son pacte pourri. Loin de résoudre la crise d’attractivité et de recrutement, ce dispositif stupide ne fera qu’individualiser les
rémunérations et fracturer des collectifs de travail qui n’ont vraiment pas besoin de cela !

Nous avons juste besoin de gagner plus et mieux.


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