Oui à une réflexion autour des questions pédagogiques ! Non au Livret Personnel de Compétences numérique !

dimanche 15 mai 2011

La mise en place du « Socle commun de connaissances et de
compétences » prétend imposer désormais aux enseignants
des classes de troisième la validation de Livret Personnel de
Compétences (LPC), qui aurait la « double fonction »
d’« outil institutionnel attestant la maîtrise des sept compétences
du socle commun » et d’« outil pédagogique au service
du suivi personnalisé des élèves ». Il s’agit d’évaluer sur le
mode binaire l’acquisition par les collégiens de 98 items
rangés sous sept « compétences-clés », elle-mêmes conçues
comme des combinaisons « de connaissances, d’aptitudes et
d’attitudes appropriées à une situation donnée ».
Cette validation de compétences concernent aussi en amont
les collègues du 1er degré qui doivent évaluer et valider un
grand nombre d’items en fin de CE1 et en fin de CM2.

Une exigence des patrons européens

L’instauration du LPC, qui est la forme choisie par le gouvernement
pour mettre en oeuvre le programme éducatif de
l’OCDE à la demande de l’Union européenne, répond donc
en réalité aux seules exigences du patronat : ce qui est en
ligne de mire, c’est tout simplement la suppression des
grilles de qualification des conventions collectives. Cette
mesure est ainsi liée au remodelage néolibéral du Code du
travail. Il instaure en effet un Passeport d’orientation et de
formation pour les travailleurs, lequel a le même contenu
que le LPC et ne fait donc que le prolonger : cette loi prévoit
d’ailleurs que lors de son entrée dans la vie active, l’élève
puisse, « s’il le souhaite, intégrer les éléments du livret de
compétences au Passeport orientation et formation prévu à
l’article L. 6125-2 du Code du travail ». L’employeur pourra
de la sorte tout savoir sur ceux qu’il souhaite embaucher et
pourra ainsi les sélectionner en connaissance de cause,
comme il achète des produits ou des machines.

Différencier “évaluation par compétence” et
“pédagogie par compétence”

A SUD éducation, il nous paraît fondamental de différencier
la pédagogie par compétence et l’évaluation par compétence,
donc de la mise en place du LPC.
Or, l’institution prend pour beaucoup en compte les compétences
seulement sous l’angle de l’évaluation.
Pour nous, les compétences sont surtout à prendre sous
l’angle de la pédagogie, en ne relayant pas les savoirs au rang
d’outil mais en les réaffirmant comme une des composantes
essentielles de l’école. La question de l’utilisation et du
réinvestissement des savoirs dans la résolution de tâches
complexes est bien sûr un des objectifs de l’enseignement.

Toutes les compétences ne peuvent pas être évaluées

L’éducation doit s’impliquer d’avantage dans la formation
du futur citoyen. Mais l’école ne peut évaluer des compétences
qui n’auraient pas été ni travaillées tout au long de
l’année. Les compétences « sociales et civiques », celles de
« communication » ou « d’autonomie et d’initiative » sont
sûrement plus développées quand on est issu d’un milieu
social favorisé. Les évaluer sans un travail préalable donnerait
un poids inacceptable à l’origine sociale des élèves : ce
n’est pas ça l’école de la République !
Par contre, l’ensemble des compétences concernant l’autonomie
et l’initiative doivent faire partie intégrante des objectifs
pédagogiques de l’école ainsi que des divers enseignements.

Nous avons besoin de temps

Cette nouvelle organisation ne pourra se faire sans que soit
intégré un temps de concertation, de régulation, d’analyse
de pratiques. Ce temps de réunion doit évidemment être
pris sur le temps de travail des enseignants.
Ceci passe donc par une diminution du temps devant élèves
et intégration d’un temps de concertation (à l’image de l’organisation
du temps de travail des Professeurs des Écoles
travaillant en EGPA).
En outre, comme toutes les innovations pédagogiques de
ces dernières années, la mise en place du LPC ne se substitue
pas, mais s’ajoute à un dispositif préexistant, qui reste le
support de l’information aux parents — celui de l’évaluation
et de l’appréciation du travail des élèves, qui comprend déjà
la notation et l’annotation des copies, les bulletins trimestriels
et le livret scolaire. Il constitue donc une surcharge de
travail superfétatoire pour les enseignants.

Un outil de fichage

Le LPC, devenu subrepticement une application numérique
depuis janvier 2010, n’est donc pas un outil pédagogique.
Les données personnelles qu’il contient — et qui relèvent
purement et simplement du fichage — sont exportables sur
n’importe quel fichier de n’importe quel service : la mobilisation
des parents et des enseignants avait permis que les
compétences soient retirées des données enregistrées sur
Base-Élève, elles reviennent par la fenêtre, grâce au LPC ! Sa
mise en place est donc inadmissible, parce qu’elle poursuit
des objectifs qui sont absolument étrangers à notre conception
de l’enseignement et de l’École publique.

SUD éducation appelle au boycott du LPC

Sud éducation ne rejette pas une pédagogie basée sur
un travail par compétences. Mais,
 parce que l’instauration du Livret personnel de compétences
poursuit des objectifs de fichages multiples
qui ne sont nullement conformes à la vocation de l’école
publique ;
 parce qu’elle est non seulement inutile, mais préjudiciable
au travail pédagogique des enseignants et à
l’instruction des élèves ;
 parce qu’elle constitue pour les personnels une surcharge
de travail supplémentaire, qu’il n’est pas même
prévu de rémunérer ;
 parce que l’absurdité de nombreux items du LPC en
rend la validation impossible,

SUD éducation appelle tous les personnels de
l’éducation à refuser d’y participer en organisant
collectivement le boycott du LPC.


Agenda

Array

<<

2024

 

<<

Juillet

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930311234
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois