Rapport du cnesco : une préfiguration inquiétante de la voie professionnelle

mardi 16 janvier 2018

Les constats et orientations publiés par le conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) à l’issue de sa conférence « Quel avenir pour l’enseignement professionnel ? » en mai 2016 constituent des pistes inacceptables pour l’avenir de l’enseignement professionnel public.
Tout d’abord, le CNESCO préconise la fin des classes de 3e préparatoires à l’enseignement professionnel sous prétexte qu’elles seraient « ségréguées et stigmatisantes ». Même si cette classe suscite un certain nombre d’interrogations, la supprimer d’un revers de main est démagogique car elle ne résoudra pas le problème du décrochage et de la difficulté scolaire.
Rien n’est proposé en contrepartie pour permettre à jeunes d’avoir une place convenable dans notre système scolaire tel qu’il est construit. Que vont devenir les jeunes de ces classes qui voient l’école comme un lieu qui les met en échec voire en souffrance ?

Des « super-établissements » à taille inhumaine

Ensuite, le CNESCO souhaite « un lycée polyvalent rénové » afin de « rassembler des élèves issus des voies générales, technologiques et professionnelles ». En quoi mélanger des élèves issus de ces trois voies différentes va-t-elle faire changer la vision que les jeunes ont de l’enseignement professionnel ? Ce n’est pas parce qu’ils seront dans les mêmes locaux que les élèves se fréquenteront. De plus, regrouper ces 3 voies pour en faire de « super-établissements » va dégrader et déshumaniser tous les rapports au sein de ces lycées surdimensionnés.
Rien n’est dit du problème principal : l’orientation des élèves vers le lycée professionnel est souvent dictée par l’échec, et tant qu’on ne s’attaquera pas à cette source, le reste est poudre aux yeux.

Un formatage au bénéfice de l’entreprise

« Créer un module d’enseignement des savoir-être en milieu professionnel » est une autre idée avancée par le CNESCO. Qui dispenserait cet « enseignement » ? De quel droit pouvons-nous enseigner la manière d’être et d’agir aux élèves ? Cela s’apparente à un formatage inadmissible pour le seul bénéfice de l’entreprise. Enfin, c’est oublier que les enseignant·e·s, chaque jour, sont très attentifs aux attitudes des élèves, à leur interaction en groupe, au respect mutuel, qu’ils apportent de plus une culture générale et une ouverture d’esprit.
Le CNESCO remet implicitement en cause le statut des enseignant·e·s en préconisant de « réviser les critères de recrutement et de diplomation ». Insister sur la VAE (Validation des Acquis par l’Expérience) pour favoriser le recrutement des PLP signale l’abandon de la volonté de mettre en place un véritable plan de recrutement et de formation des personnels enseignants. Pour rendre attractif la profession de PLP, il faut (comme pour tous les autres personnels) améliorer les conditions de travail et augmenter les salaires.

L’apprentissage au détriment de l’enseignement professionnel public

Enfin, le CNESCO veut créer « un label entreprise formatrice » afin de « valoriser les entreprises qui s’engagent dans une réelle dynamique de formation des jeunes ». Là encore, l’apprentissage est favorisé au détriment de l’enseignement professionnel public.
L’entreprise est une fois de plus idéalisée et appréhendée comme un lieu exempt d’organisation hiérarchique, de pression et de rapports de force.
L’objectif d’une entreprise est la rentabilité en opposition avec les missions éducatives des établissements scolaires.


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